anhuman et j-m. chantrel © 2006 - ces textes appartiennent au domaine public. vous pouvez les redistribuer sous réserve de mentionner le nom de leur auteur.
patchwork
notes complémentaires sur la diversité et ses ennemis
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  1. Il est des Capitales où la vie n’est certes pas un long fleuve tranquille, surtout lorsque la crue menace…

  2. Dans les centres urbains, les voies de circulation d’une certaine importance sont bordées d’arbres d’alignement saluant généreusement les bolides indifférents qui les dépassent. Ils aèrent ainsi la ville qui en retour les étouffe. Pourtant de tels arbres n’ont pas seulement une valeur d’agrément. Ils attestent de la maîtrise humaine ; de l’organisation imposée à travers l’ordonnancement stricte du monde végétal dans les villes. Leur distribution linéaire manifeste l’ordre dont ils expriment, en quelque sorte, la victoire.
    Généralement, certaines zones périphériques sont réservées pour laisser-faire-la-nature. Cette tolérance est toutefois assortie de restrictions d’usage : interdiction d’entraver la circulation, priorité à la sécurité des « usagers ». Il faut dire qu’il n’existe pas de limites théoriques à la croissance des végétaux.
    Les deux principaux bois limitrophes de la Capitale française assument ainsi la fonction du décor permanent en tant que spectacle d’ambiances. Ici, à la manière des décorateurs, on suggère par endroits l’absence d’intervention humaine. On suscite l’impression que les végétaux sont libres de croître et de s’étaler où bon leur semble. Bien sûr, cette liberté est savamment orchestrée par les jardiniers-paysagistes. Ils en surveillent la distribution dans l’espace et son dosage doit rester homéopathique. Ainsi, l’autochtone peut-il s’évader de son quotidien en s’introduisant dans une nature apprêtée pour le dépayser, sans autre contrepartie pour cette végétation bénévole que l’espace qui lui est concédé. Dans ce vaste décor où se joue le sacrifice d’une altérité aux besoins du loisir, les fragiles résidus de l’antiqua sylva sont consommés par les uns, consumés par les autres, au gré des modes paysagères. En compagnie du végétal, le citadin se retrouve… En compagnie du citadin, le végétal se perd…

  3. Etrange conception de la nature : dès lors que, dans un espace donné, le végétale domine, le citadin se croit dans la nature…

  4. Repliés dans les Technosphères, ils se sentent pourtant environnés de nombreux périls. C’est une des raisons qui les poussent à s’orienter comme un seul homme vers une organisation ultra sécurisée de leur monde. De la sorte, ce qu’il subsiste de nature indemne et diversifiée subira un sort analogue à ce qu’il reste de vie au sein des susdites : on biaisera, tronquera, amputera, quadrillera, calibrera pour autant qu’un motif d’inquiétude subsistera.
    D’un point de vue général, l’arbre fait déjà les frais de cette politique du pire. Qu’on le pressente trop frêle pour résister aux vents et c’est l’abattage. Qu’il souffre de l’inconséquence d’être à proximité d’infrastructures sensibles et c’est l’abattage. Qu’il conjugue le grand âge et la prétendue maladie et c’est l’abattage. Qu’il forme avec ses congénères un bosquet trop dense et c’est l’abattage. Enfin, passant du bosquet à la forêt, que ses contributeurs aient le malheur d’être perçus comme très « primaires » et c’est l’abattage…

  5. Au regard de la diversité des formes de vie, le spectacle du monde urbain est consternant de pauvreté. Il n’y a guère que les jardins publics qui rehaussent un peu le niveau. Et cependant, les traitements paysagers dont ils font l’objet surcodent bien souvent l’indigence précitée. Devine-t-on la différence qu’il y a entre un kilomètre d’arbres d’alignement et un hectare de forêt boréale. Cette dernière rassemblant pourtant à un gazon anglais si on la compare à sa lointaine sœur des Tropiques…
    Il y a plus de vie dans un hectare de forêt primaire que dans toute l’histoire des idées…

  6. Les villes modernes, bardées d’informatique, sont les technotopes de l’homme. Les biotopes référant à l’état de nature ne lui sont plus d’aucune utilité en dehors des distractions estivales. Les technotopes lui assurent des conditions de vie optimales malgré des inconvénients tel que la pollution atmosphérique, le bruit où le manque d’espaces verts.
    Pour éradiquer de tels inconvénients, les plus riches ont déjà trouvé une solution : déplacer les consommateurs de la ville à la campagne et déplacer la campagne rendue consommable vers la ville… Leur stratégie est limpide de simplicité : ils transportent leur confort dans un cadre bucolique, sans rien ajouter par ailleurs, tout en accordant une place plus importante au végétal afin de rééquilibrer leurs systèmes nerveux stressés par l’ancien modèle urbain.
    L’avenir est clairement en vue : l’éclatement de la ville mondiale en une myriade de villages privés et interconnectés. L’arbre y jouera un rôle prépondérant, du moins sous sa forme juvénile et policée qu’affectionnent les paysagistes. Les campagnes y perdront certes leur âme. Mais que vaut une âme au regard de la qualité de vie des hommes.

  7. La ville est une microsociété du vide dont les membres sont tous creux. Ceci afin de disposer d’assez d’espaces pour y stocker leurs fantasmes de consommateurs…
  1. Consommer et jouir des paysages (de ce que les journalistes nantis d’une vague culture scientifique appellent les milieux) fait maintenant parti de la sensibilité écologique de l’honnête consommateur. Les marketeurs l’ont bien saisi. Et ils ne se privent pas de vendre du tourisme équitable, cette nouvelle denrée culturelle de la société des consommateurs.

  2. Ils veulent tout ; c’est à dire jouir des beautés du monde mais jouir en sécurité. Par exemple, retrouver la « forêt authentique » mais sans que les essences qui la composent ne forment des peuplements trop denses, rendant leurs molles déambulations impraticables.
    Pour eux, la beauté du Vivant est incontestable, mais après que cette exigence d’aménagements paysagers qui nous vient de la ville ait été satisfaite. En bons touristes, ils aiment leur confort. L’effort consenti pour accéder au dépaysement ne doit pas se transformer en chemin de croix. Si l’aventure en venait à troubler leur vision esthétisante des choses, ils se reconvertiraient en usagers en colère arguant de l’insécurité des ramures et réclamant des mesures d’élagages préventifs, de sécurisation des chemins de promenades (sic).
    Dans ce consensus autour de « la-beauté-de-la-nature », il n’a pas place pour celle-ci. Ce qu’ils veulent, c’est qu’on leur installe des jardins qui aient l’air sauvage, qui évoquent le souvenir de la forêt profonde des contes de Grimm, un jeu d’ambiances sophistiqué où le frisson est garanti mais sa cause, abolie.
    Ce qu’ils feignent d’ignorer ou ignorent vraiment, c’est que pour sécuriser une forêt, il faut la raser.

  3. La nature… Ils s’en servent et se servent sans un remerciement (tout le monde n’est pas Chaman). Pour le reste, qu’ils lui foutent la paix. La vision romantique de l’harmonie homme/nature a fait son temps. Comme toutes ses fadaises qui hantent l’imaginaire occidentale, rien ne saurait changer par leur médiation. Inducteur d’émotions, cette trop belle idée d’harmonie originelle nous dépose instantanément devant les portes du paradis… pour petits blancs. Elle n’encourage que la sensiblerie et des cataractes de larmoyantes déclamations. Ces épanchements, bien sûr, n’enrayeront pas le programme de destruction en cours ; y compris la liquidation des derniers humains dont on reconnaît pourtant qu’ils vivent toujours au rythme de la nature.
    Cette conception molle et qui colle aux doigts nous vient en ligne directe d’un peuple de Golems qui, sous l’effet de bouffées d’angoisses épisodiques, réalisent tardivement que les frigidaires et les fusées Ariane, le pain bio complet et les fruits du verger, les métiers et les outils, les sciences et les Arts, tout cela et bien plus, leur ont été inspirés ou prodigués, directement ou indirectement, avec l’aimable concours de la planète Terre, de sa biosphère, et finalement de l’ensemble des éléments physiques et chimiques qui la compose…

  4. L’Histoire de la peste occidentale se résume, pour l’essentiel, à une succession de prouesses techniques, de conquêtes et de génocides. Après avoir rebaptiser à la hâte les primitifs du doux nom de « peuples premiers », afin de forcer l’amnésie, ils nous informent promptement que le paradis perdu a été retrouvé. Des hommes, des femmes et des enfants vivraient encore, dans certaines régions reculées du monde, selon la simplicité des origines. Surgit alors quelque spécialiste en marketing naturaliste qui nous abreuve, à longueur de documentaires, de la beauté de cet homme des origines, du caractère carrément fusionnel de sa relation à la nature et de la virginité miraculeusement préservée de la dite nature. Il n’oublie cependant pas de passer des accords de sponsoring avec les firmes automobiles et de saupoudrer ses émissions de publicités vantant les mérites de la Nature… en pot, en boite comme en gélules.
    De tels bonimenteurs ne cherchent pas à penser la place de l’homme dans la nature mais à la créer de toutes pièces, selon les modes et les enjeux commerciaux du moment. C’est dire si le niveau de conscience des populations « télévisées » par ce Rousseauisme commercial risque de gravir des échelons... en empêchant « l’injuste-exploitation-capitaliste » par la consommation des produits du commerce équitable peut-être ?
    Ces préjugés repackagées appartiennent à une pensée formatée par le mythe chrétien des origines édéniques, mélange raisonnée de pureté et d’innocence, à partir duquel est reconstruite la représentation du bon sauvage.
    Il serait plus simple - quoique moins excitant - d’appréhender la relation dont il est question comme le résultat d’un intérêt bien compris, assorti il est vrai de cette gratitude qui nous fait tant défaut. Fondé sur l’interdépendance des êtres vivants composant la si bien nommée biodiversité, cette relation est peut-être bien parvenue à hisser la reconnaissance du ventre jusqu’à la dignité de l’Art. Mais point n’est besoin de « fusionner » pour éprouver le sens du Sacré, inspiré par le Vivant dans ses œuvres. Et il suffit d’un grain de bon sens pour saisir spontanément que le chasseur-cueilleur n’est pas prédisposé à la sainteté parce qu’il fait preuve de retenue lorsqu’il « fait ses courses » : il s’évite juste les déconvenues d’une rupture de stocks…

  5. Depuis quelques temps, fuir le naturel ne nous garantit plus son retour au galop. Le nombre de dépressions qui touchent les modernes l’atteste. La materia prima qui irrigue le monde a déserté le leur, laissant leurs corps exsangues.
    Nombreux sont ceux qui pensent qu’un retour à une vie plus naturelle est indispensable. Oui… mais à condition qu’un tel retour soit un point d’entrée qui nous conduise vers la grande aventure surnaturelle de la création. Auquel cas ce retour ne saurait rimer avec une régression, un retour à l’âge de pierre ou au stade pré-technique de l’espèce. Le cerveau est bien trop complexe et riche de possibilités pour se contenter de la simplicité des origines. La conscience qu’il abrite aspire justement à une complexification croissante qui a conduit depuis déjà longtemps l’espèce à prendre ses distances avec le règlement intérieur de l’établissement naturelle.
    Une soumission rigoriste à la loi naturelle ne nous est d’aucune utilité, excepté pour quelques idéologues monomaniaques en mal de pureté originelle et d’ascendant sur les simples d’esprit.
    Les bavardages lénifiants et mercantiles des techniciens du nouvel hygiénisme ne nous sont pas non plus d’un grand secours. Pour eux, la grande exploration de la surnature se résume à l’ingestion d’antioxydants et à la sculpture d’une silhouette, à la maximisation des performances physiques et intellectuelles, à la construction d’une forteresse immunitaire ou à l’équilibre intestinal… Ceci dit, cette breloque satisfera peut-être la cohorte des riches invertébrés qui forme une partie du « Papy boom » émergeant.
    On l’aura compris : le simple respect du socle sur lequel repose l’édifice de la conscience humaine, l’art d’écouter son corps sans préjuger de rien, la bienveillance et la sollicitude à l’égard de soi-même suffisent à nous rapprocher de l’état de nature en dopant notre vitalité. De là à en faire une montagne, il y a loin… Après tout, cette attitude de principe nous laisse au ras des pâquerettes sans le dépassement de nos propres déterminations naturelles.
    Etre au petit soin avec l’existant ne transcende pas une vie, si ce n’est celle du bobo bigot qui se rêve plus bio que la céréale qu’il ingère.

  6. La mangeaille bio n’est qu’une marchandise de plus. Une marchandise à travers laquelle se vend toute une panoplie de fantasmes et dont l’achat relève des pratiques fétichistes. Mais ce qui laisse songeur, c’est bien cette possibilité de faire payer plus cher le droit de manger normalement.
    Les opportunistes de la première heure feront inévitablement de belles affaires avec les grandes villes. La ville étant l’expression même de la « dénaturation » du territoire, elle se trouve par là privée des matières premières « naturelles » que celui-ci dispensait gratuitement aux chasseurs-cueilleurs de naguère. Voilà pourquoi le citadin aux abois est prêt à payer cher pour que cette nature expulsée de ses bouges revienne garnir son assiette…
    Est-ce aussi parce qu’il aspire à vivre plus longtemps par le truchement d’une nourriture « saine » ? Mais cette longévité in abstracto est une bien vaine ambition si elle est envisagée indépendamment des conditions de vie sur terre… Conditions qui peuvent évoluer rapidement et de nos jours… dramatiquement.

  7. Le commerce équitable est un commerce qui table sur un sursis…
    Tout ce que souhaite les petits riches férus de durabilité, c’est de conserver une planète stable, charmante et confortable, qui puisse abriter leurs propriétés privées pour longtemps. Le fait que les pollutions et le dérèglement climatique puissent attenter à leurs biens et à leurs personnes, voilà ce qui les chagrine foncièrement.

  8. Sensibiliser sans sensiblerie.
    Pour y parvenir, essayons d’imaginer une manière de « rompre » qui soit la pleine expression de notre incapacité à comprendre – ou même à accepter – l’interprétation vivaldienne des quatre saisons… En fait notre climat se serait à ce point déréglé que notre sensibilité s’en trouverait complètement transformée. L’age moderne - dans son acception culturelle et politique - expirerait-il enfin ? La question n’est pas trivial : avec la sabordage d’un équilibre climatique, d’autres « climats » chavirent. Et c’est ainsi la civilisation toute entière qui pourrait faire naufrage…
  1. L’arbre est une multiplicité que le regard amoureux voit comme un tout. Et pourtant… il y a tant de parties interdépendantes qu’un naturaliste débutant en attraperait le vertige. Qu’on se donne la peine de mieux observer et l’on découvre déjà que ce bel être est double : la tête du haut et la tête du bas, la ramification enterrée (système racinaire) et la ramification éthérée (branchage).
    Ici réside le secret de l’arborescence que le corps humain partage avec l’arbre. Il est bon d’y penser lorsqu’on attrape sa tronçonneuse.

  2. L’inconscient du corps humain, c’est l’arbre. La meilleure façon d’étayer pareille assertion revient à explorer notre corps.
    Dès lors, pourquoi n’imiterions-nous ces troncs d’arbres tordus à la vue desquels nous tombons des nues. Comme eux, nous devrions pousser selon les contraintes du Milieu. C’est un fait que nous ne serions pas aussi droit, aussi raide de la nuque et aussi bien planté que les troncs des plantations artificielles. Bien sûr, du point de vue de la psychologie comportementale, nous ne serions pas non plus un modèle de droiture. Mais tordu ne veut pas dire amoindri ou malade, à moins que l’on ne considère le port du Hêtre tortillard comme le symptôme d’un grave déséquilibre somatique...
    Fort heureusement pour le Hêtre, il n’en ait rien. Quoique les docteurs en Rien qui forment le gros des troupes de l’ONF lui préfèrent les grands fûts de 30 mètres des Chênaies-Hêtraies ; non tant par préjugé (quoique…) que par souci de rentabilité économique.
    L’arbre, on le sait, s’adapte au cours de sa croissance. S’il est le sculpteur de son propre corps, en interaction avec son milieu, il n’a cependant cure des canons esthétiques qui gouvernent la vie des potiches humaines. Il veut juste ne rien perdre de la surface qu’il peut occuper. Il est envahissant par nature, ainsi que l’est la vie. Et comme la vie, de ce strict point de vue, il ignore l’uniformité, l’homogénéité, la régularité, ou bien pour le dire métaphysiquement, l’Unité.
    Sa force tient - mais pas seulement - dans la diversité des formes, au sens plastique comme au sens génétique. Quoi de plus fragiles que ces monocultures en futaies régulières, surtout si l’essence est inadaptée à la station pour parler le jargon de ces docteurs en Rien ? Un coup de vent les couche comme châteaux de cartes. Qu’un parasite survienne et s’entiche d’un individu, alors tous les autres sont à sa merci puisque le groupe est « pur »… comme le voulait un certain troisième Reich.
    L’arbre est notre maître en tout. Tordu mais en vie plutôt que raide mort…

  3. Marcher dans les arbres… N’est-ce pas le nec plus ultra du mouvement pour un animal. Les singes sont à cet égard les plus chanceux. Et je n’échangerais pour rien au monde cette hilarante manière de se déplacer pour celle des oiseaux. Planer et battre des ailes dans le désert aérien… quel ennui ! Mais il vrai que ces considérations ne sont pas faites pour enthousiasmer la tribu des culs lourds et autres singes dégénérés qu’une limace en promenade surpasse…

  4. L’effet de la forêt sur un badaud du dimanche est indéniable. Il suffit d’observer comment il se gratte le nombril au cours d’une promenade dans les bois. Il se pense nomade à force de faire chanter les feuilles mortes sous ses pas. Il se croit plus rustique lorsqu’il quitte le chemin pour une aventure d’opérette en sous-bois. Il se rêve chaman en s’appuyant sur un chêne centenaire, trop absorbé qu’il est par sa petite personne pour remarquer la marque fraiche qui blesse l’écorce de son hôte. Et oui… le vénérable sera abattu dans quelques jours, dans l’indifférence générale. En attendant, c’est un sous-produit de la vie qui lève sa patte pour pisser aux pieds du tronc tout ce que sa vessie cérébrale contient de rêveries publicitaires…

  5. Les arbres sont les êtres vivants les plus à la mode puisqu’ils sont toujours dans le vent…

  6. Fête de l’arbre : 100 000 arbres pour respirer .
    Ce message qui figurait sur une affichette traduit un fait dans l’ignorance duquel tous les fêtards sur commande sont tenus : lorsque la dernière forêt naturelle a disparu, le comptage exhaustif des arbres put commencer.

  7. Problème pour un ingénieur des forêts.
    Comment calquer l’organisation de la ville sur celle de la forêt ?
    Tout simplement en procédant à l’inverse, c’est à dire en achevant de transformer la forêt en usine à bois. Ainsi aura-t-on rapproché la ville de la forêt en rapprochant la forêt de la ville.

  8. Quand un jour l’animal devint homme, l’arbre devint poutre, Mais le jour où l’homme devint philosophe, la poutre entra dans son œil.

  9. De notre lointaine origine animale, nous conservons de bien fâcheuses impressions. Ne dit-on pas du feignant qu’il a un poil dans la main. Pour ma part, je préfèrerai y voir croître un Baobab.
  1. A toute cette frange du nihilisme qui s’est exclamée comme un seul homme : « c’est vraiment une misère que de vivre sur la terre », je n’ai qu’une réponse à rendre : c’est vraiment une misère que vous ayez vécu sur la terre…
    Si la vie sur terre était une si mauvaise « idée », pourquoi donc est-elle universellement convoitée ? Pourquoi veut-on partout la donner où la supprimer, la conserver et l’allonger ?
    Et qui sait si le dégoût décadentiste - qui se voulait loin de la nature abhorrée et s’opposait à bon droit aux naturalistes vautrés dans une nature d’opérette - ne travaille pas aujourd’hui encore l’esprit occidental ?
    Entre temps, bien sûr, le scientifique s’est offert la peau du philosophe et la nature dévaluée ne fait pas recette chez les économistes. Aussi est-on passé de la saisie du néant fait monde à la saisie du monde fait néant. Le plus bel outil de ce magistral renversement a-t-il été fabriqué par le [mauvais] génie de l’homo faber protestant ? Ce dernier avait fort bien compris la leçon, à savoir que si rien n’a de valeur dans le monde, on peut toutefois se l’approprier pour en créer… Et l’on débouche enfin sur cette civilisation techniquement suréquipée qui entreprend de néantiser notre belle planète pour une poignée de dollars ou d’euros et de nous pourrir la vie.
    Une bien vieille antienne surgit alors d’entre les morts : la philosophie n’a pas été défaite par la science, elle lui a servi de marchepieds.

  2. Pour ce qui est du nihilisme aujourd’hui, il est banale formalité philosophique à l’issue de laquelle tout reste à faire. Si l’on considère l’époque avec ce mélange déraisonnable de lucidité et de joie, l’effort pour basculer dans la forme nihiliste de la pensée est moindre. Le climat est si favorable que l’on a bien peu de mérite à « se mettre à poils ».
  1. Quiconque à conserver un semblant d’animalité éprouve sporadiquement le besoin de se retrouver seul dans la nature… Le besoin de s’isoler, de reprendre sa respiration ne serait-ce qu’un court instant. Naturellement, il privilégiera les girons d’une forêt ou l’altitude montagnarde, le désert ou la haute mer, bref les espaces inhabités pour étancher sa soif de solitude. Tout cela - et c’est une platitude de le préciser - est dicté par le régime de promiscuité des villes et l’étouffante atmosphère qu’elles sécrètent.
    Que les hommes prisent le regroupement ne signifie pas qu’ils se supportent aisément.
    Dans les grandes villes, subir la promiscuité de toute cette bidoche, résultat du surnombre et du confinement des corps, est un vrai supplice. Cette concurrence permanente qui s’exerce dans le même espace… L’impossibilité de répondre à l’offense que constitue la présence non désirée de l’autre, lorsqu’il se pavane devant soi… hostile ou indifférent, rarement bienveillant, mais toujours empiétant sur notre espace vital. Cette proximité quasi permanente auquel un placard chèrement payé nous soustrait un temps. Et si l’on doit de surcroît inhiber toutes velléités d’attaque du rival, la névrose nous guette. A moins que, préfèrent le repli, on ne puisse décamper afin de trouver un territoire « bien à soi »… Il faut alors cohabiter… supporter tant bien que mal son prochain et ne montrer les dents que pour sourire.
    Mais l’affaire se complique encore dans ce qu’on a coutume d’appeler une Mégapole : sa démographie galopante nous vrille les nerfs. Au sein de cette ruchée, l’agressivité et sa partenaire de toujours, la peur, se densifient dans les mêmes proportions que la population. Faut-il fuir la grande ville ?
    A supposer que cela soit possible, si l’on n’a pas l’âme d’un ermite, la rareté de l’homme nous pousse contradictoirement à rechercher sa présence. Cette terre dépeuplée et riche de végétation que nous convoitions à la faveur d’un instant de paix, à l’écart du tumulte de la ville, en feuilletant bien au chaud les pages d’un magazine ; à présent nous y sommes. Mais l’absence d’hommes nous la rend progressivement odieuse. La meute où chacun se renifle voluptueusement l’arrière-train nous manque cruellement. La nuit qui tombe sur le silence du jour nous oppresse. Seul, sans armes, trop chétif, trop peu cuirassé, nous sommes voué au dénuement… à la mélancolie des solitaires…
    On en vient à rechercher fébrilement les horaires de train pour fuir cette désolation.
    Parce qu’à la vérité, cette nature qui nous accueille, nous berce et panse nos plaies psychiques n’existe pas. Cette nature dont la beauté - voire la générosité - nous console sans jamais nous importuner, on ne la trouve nulle part. Pour nous autres, membre d’une espèce grégaire qui se singularise par son intelligence sociale, les terres sans hommes nous sont une torture. L’être humain n’a aucun intérêt à vivre seul dans un espace « réellement » naturelle. Un nombre considérable d’êtres vivants prospèrent en groupe. L’homme, en raison de sa nature chétive, ne saurait se passer d’une tribu. Il est bon d’y songer avant de prendre la poudre d’escampette…
  1. L’espèce humaine n’est en relation qu’avec elle-même, c'est-à-dire avec ses « semblables ». Aussi s’est-elle fabriquée un monde dans le monde. Un monde « sensiblement » coupé du monde pour mieux s’y réfugier. Un nombril du monde duquel le monde est radicalement exclu. Bien entendu ne s’y trouvent admis que les membres de l’espèce. Mais aussi celles et ceux qu’elle est parvenue à rendre, de près ou de loin, comme elle : l’immense cohorte des plantes et animaux domestiquées ; étant entendu que l’humanité est le fruit enfin mure d’un long et périlleux travail de domestication.
    C’est donc bien pour cela que je m’autorise à dire que cette singulière espèce ne fricote qu’avec ses semblables…
  1. Pour celui qui musarde fréquemment dans ce qu’il reste de nature, une certitude finit par s’imposer : la prière - et l’intention amoureuse dont la prière est le vecteur - ne se pratiquent pas dans un local à l’architecture plus ou moins alambiquée, en joignant les mains devant une statue ou bien en plaquant son front sur la pierre crayeuse. La prière, ici, s’exprime dans la marche, dans le mouvement du corps en prise avec la tangibilité du réel. Elle s’exprime dans le flux et le reflux du souffle, la sécrétion de la sueur et son évaporation, le parfum du corps qui se joint au concert des senteurs végétales.
    La prière est le chant d’une piste que l’on suscite en la foulant. La prière… expression primitive de notre présence au monde tel qu’en lui-même.
  1. Le XXI ème pourrait bien virer au totalitarisme… Car dans le cas contraire, on le voit mal écologique.
    S’il ne s’agit que de survivre, l’homme peut certes se passer de beaucoup de choses. Or justement, ce n’est pas ainsi que vit l’homme, pour qui la création, la beauté, la vie riche sont probablement plus importantes que la simple survie. Car, pour lui, il ne suffit pas que la vraie vie soit ailleurs, encore faut-il qu’elle soit quelque part…
    Dès lors, pour répondre efficacement et dans l’urgence aux dangers d’appauvrissement de la vie que nous fait courir l’Occident et, à sa suite, l’ensemble des Economies émergentes, il faudra bientôt envisager l'instauration progressive de ce gouvernement mondiale que tout le monde appelle de ses vœux. Mais sous une forme expurgée de sa gentillette démocrature : un Totalitarisme écologique mondialisé. Ce qu’imposera cette main de fer, qui le sait ? Une dictature écologique et spirituelle éclairée ou un fascisme high-tech ? A moins que ce ne soit un mélange raisonné des deux... Bien sûr, on est en droit d’en attendre un progrès substantiel, mais éventuellement en échange d'une soumission plus grande encore. A quelles règles ? Celles d’un Salut collectif ou bien celles qui ne serviront qu'une minorité friande de pouvoir ; une minorité comprenant tardivement qu’un monde stable est préférable pour asseoir confortablement leur pouvoir.
    On entend déjà hurler le politicien et s’exaspérer le capitaine d’industrie. Le premier invoque naïvement sa République et l’autre, ses affaires que seule un régime démocratique viabilise. Il n’est pourtant pas déraisonnable d’y penser si l’on se réfère aux inévitables dommages collatéraux occasionnés par la guerre actuelle. Il n’y a pas besoin d’avoir fait Sciences politiques pour savoir que les troubles prévisibles de la planète renverseront les gouvernements plus sûrement qu’un mouvement social de grande ampleur. Ni d’être un économiste avisé pour estimer à la louche les coûts financiers induits par ces troubles. Ce qui se laisse par contre deviner sans diplômes supplémentaires, c’est que le chaos qui va déferler sur les civilisations grèvera autant le budget des Etats que celui des Entreprises.
    Et pourtant, personne ne veut en entendre parler. Mieux ! À la vue du cynisme contemporain qui tient le haut du pavé, on se prend à penser que rien ne changera si l’on se fonde sur le possible cumul des prises de conscience individuelles. Non seulement on ne tire rien d’une populace qu’on ne lui ait imposé au préalable, mais les délais impartis sont trop courts pour attendre que l’opinion publique - malléable par nature - daignent imposer « démocratiquement » la bonne marche à suivre aux dilapidateurs du monde.
    Puisqu’il faut partir de soi et de la proche nécessité d’avoir à sauver sa peau, rien ne doit faire obstacle aux projets « audacieux » : une cybernétique musclée est préférable à l’extermination des espèces… au rythme de plusieurs par jour au nom de la liberté d’une seule. Au reste, la question de la liberté et de la servitude se révèle accessoire devant l’enjeu de la conservation des grands équilibres dont nous dépendons.
    Parions qu’il y aura bientôt de nombreux postes de ministres à pourvoir pour les amateurs…

  2. Les sages de cet avenir improbable nourriront forcément de grands desseins de reconquête à l’issue desquelles le monde s’appartiendra de nouveau. Un renversement des valeurs s’ensuivra très naturellement.
    J’entrevois un exemple qui frise le comique : les orgueilleux conquistadors qui dirigent partout cette armée de petites mains techniciennes, qu’ils ont lancé depuis déjà longtemps à l’assaut du monde, se verraient destitués de leurs fonction. Néanmoins, en signe de bonne volonté, Il leur serait rétrocédé un certain nombre de déserts sans nature. On les parquerait ainsi dans ces réserves d’un genre nouveau, composées d’espaces impropres à la réhabilitation, mais où ils se sentiraient comme chez eux. Sur ces territoires rendus inaliénables par traité et leur garantissant le respect de leurs droits coutumiers, ils auraient tout le loisir de continuer à vivre et penser comme des porcs

  3. En ce qui concerne l’atrophie psychique des masses postmodernes – et pour affligeante qu’elle soit – elle pourrait être retournée en avantage dans une telle perspective. Rien n’interdit de mettre l’homme nivelé au service d’une administration mondialisée et économique de la terre… En somme, il s’agirait de transposer dans le gouvernement des sociétés ce que la vie si inventive a déjà crée : des automatismes tels que ceux qui, par exemple, libèrent la vigilance de certaines nécessités comme la digestion ou la respiration. Il existe tant d’hommes qui vivent déjà par automatismes, sans se poser d’autres problèmes que celui de « fonctionner » correctement… Toute cette partie de l’humanité peut être enrôlée dans un énorme rouage composé de pièces toujours plus petites, s’activant de manières synchrones et rendant superflus tous les hommes qui commandent et dominent habituellement. Ces hommes pourront alors s’appuyer sur cette machinerie pour inventer de nouvelles formes d’existences, rendre à la vie réelle ses lettres de noblesse et son caractère passionnant…
  1. La survie est une forme de médecine qui s’ignore. N’importe quelle être vivant consacre une partie non négligeable de son temps à soigner les symptômes de la première des maladies incurables : la faim.

  2. Les mots se jouent de nous autant que nous en jouons.
    - Matière… MateriaMater… Mère… Mer… Me...
    - V[rai] V[ie] ou le double V [ W ]

  3. A partir d’un certain nombre de milliards d’hommes, le taux de fécondité diminuant lorsque la densité augmente, l’agressivité se substituant avec le nombre à la sexualité… (JM. Pelt. Les langages secrets de la Nature) le processus classique de régulation des espèces s’est mis lentement en branle pour nous conduire, au fil du temps, à l’invention de la contraception comme à la multiplication des conflits armés… Mais cela suffira-t-il à ramener cet immense cheptel humain en dessous de la barre fatidique du milliard d’individus ?
    Au passage, ce constat d’un envahissement inexorable de l’univers nous offre une hypothèse pour expliquer la vieille haine du foisonnement végétal, car après tout, les plantes font la même chose : elles veulent occuper tout l’espace. Ce qui fait d’elles les concurrentes directes de l’espèce humaine.

  4. Verra-t-on un jour Dionysos surgir des forêts en promenant la tête de l’Humanisme au bout d’un pieu... Ce dernier sacrifice lèvera l’interdit portant sur le culte des plaisirs… Accessoirement, il libèrera les ascètes de leurs constipations chroniques… L’Immanence reviendra sur terre et installera ses plus belles perspectives au ras des pâquerettes... Elle ramènera la transcendance, sa vieille sœur hautaine, avec elle et la condamnera à manger les pissenlits par la racine… Ceci amusera beaucoup les enfants pour qui la grandeur deviendra enfin accessible dès le premier mètre de croissance…
  1. Adresse aux terriens doués de sauvagerie.
    La Loi du Talion est à restaurer. Rendre coups pour coups… Mais alors, de quels coups parle-t-on ? Tout « naturellement », nous élargissons l’offense qui nous est faite au monde dans lequel nous vivons. Tout naturellement, nous considérons qu’un coup nous est porté quand un écosystème est durement frappé.
    Œil pour œil, dent pour dent… cette formule guerrière doit ainsi trouvé un champs d’intervention élargi et s’appliquer - avec toutes les conséquences qu’elle suppose - dans sa plus grande généralité.

  2. Pour sauver le monde, désormais, il faut adopter une démarche résolument à l’opposé de celle des Saints. On n’a plus le temps de demander aux esclaves de comprendre et de se repentir en cessant de polluer le monde… Ils ne le voudront jamais puisque dans la plupart des secteurs, l’organisation économique dont ils se sont dotés les oblige à polluer pour simplement gagner leurs vies
    Bref, on ne leur demande plus de comprendre, on leur demande de disparaître !

  3. Un dialogue écologiquement utile :
    - « Pitié ! ne tirez pas… je ne recommencerai plus à… »
    - « Non. »

  4. Nous n’avons désormais, pour tout horizon métaphysique, que l’extermination programmée des 2/3 de l’humanité… Mais nous nous consolons grâce à une évidence qui saute aux yeux : l’homme n’a pas plus d’importance que n’importe quel autre résidant de la biosphère…
  1. Il ne faut pas s’attrister parce qu’un « monde » disparaît. Ceux qui le font disparaître ce sont appuyés sur lui pour parvenir à la forme sophistiquée de civilisation qu’on leur connaît… Ils disparaîtront donc avec lui.
    Et si d’aventure cette civilisation, soucieuse de perdurer, renonçait à ses pratiques ? Puisque son existence est organiquement liée à de telles pratiques, leur cessation pure et simple ne la condamnerait-elle pas ?
    Venons en à l'hypothèse : si elle continue dans cette voie, elle disparaîtra écologiquement. Si elle renonce, elle disparaîtra techniquement…
    En conséquence, nous ne parierons pas sur elle, sur son temps et sur ses réalisations.

  2. « Le juste et l’injuste connaîtront le même sort. » (Schopenhauer)
    J'apprécie cette formule sans perspective de Salut qui conduit à persévérer par delà le bien et le mal.
  1. Depuis Nietzsche, il apparaît clairement que l’homme est un « moyen », une passerelle d’accès à la surnature. Non pas tant que l’actuelle mouture de l’homme pèche par son inaccomplissement, mais plutôt qu’elle est inachevée. C’est un homme « elliptique », un homme dont une ou plusieurs possibilités ne sont pas encore exprimés.
    L’émergence de tels « possibles » est étroitement liée aux progrès de la conscience planétaire. Mais ces progrès sont à leur tour conditionnée par la qualité de notre relation avec le Vivant. Le fait de sortir de la nature en claquant la porte n’a fait qu’envenimer la situation, en sapant la base sur laquelle s’appuyait la conscience dans son devenir ; en abolissant, en quelque sorte, son plan d’immanence. La voici chétive ou obèse, frappée du sceau de l’indétermination ou pétrifiée par les certitudes, sujette à l’anémie ou enfantant des monstres…
    Nietzsche préconisait de renouer avec les forces du Vivant, celles de l’instinct et de la nature peut-être… peu importe les termes employés. De fait, son Zarathoustra en appelait au respect de la terre, probablement parce qu’il n’y a point de surnature sans nature. Plus l’espèce humaine s’élèvera en conscience, plus elle s’enracinera profondément dans son sol. (Avec une nuance : ce sol ne fait plus référence aux concepts kitch des nationalistes.) Aussi ne peut-elle faire l’économie d’un partenariat avec le Vivant si elle veut s’adonner aux joies de la création de soi, ce qui laisse entendre qu’une surhumanité est encore à créer.
    On ne lève pas des fondations sur du sable…

  2. A partir d’un certain seuil de conscience, comment ne pas se dissocier de "l’humanité" et de ses divers synonymes tels que la bonté, la compassion, la bienveillance, la pitié, la charité. Saura-t-on même conserver le sens de ces mots, lorsqu’accédant à une certaine hauteur de vue, nous mesurerons enfin toute l’étendue des dégâts provoqués par "l’homme bon, bienveillant, charitable et compatissant" ?
    Mais si ce n’est plus l’humain qui se veut le fondement de la conscience, est-ce donc son antonyme, le bestial ? Est-ce un retour à la nature, à sa cruauté, à sa sauvagerie ? A moins que ce ne soit le retour de la barbarie et de son "inhumanité"…
    Il se peut que qu’une conscience à dimension planétaire soit la récompense de cette longue entreprise de "déshumanisation"… Mais ce ne sera certainement pas pour patauger dans la pitoyable barbarie à l’américaine ou dans la risible nature des politiciens de l’écologie.
    Quant à un retour à la Nature comme fondement d’une telle conscience, cette hypothèse relève du non-sens. Non point un retour à la nature, car il n’y eut jamais d’humanité naturelle… l’homme arrive à la nature après une longue lutte, - il ne fait jamais un "retour"…  (F. Nietzsche. La volonté de puissance.) Donc, l’humanité n’est jamais sortie de la nature, ce sont les grands anthropoïdes qui en sont sortis… pour parvenir, après une longue transformation au présumé "humain". Autrement dit, l’homo sapiens n’est pas dans une continuité ontologique avec l’ordre de la Nature.
Le fait de jeter ses noyaux de fruits et autres pelures d'agrumes à la face du bitume est étrangement mal interprété par nos amis les hommes.... Il faut dire que l'espace urbain est placé sous haute protection sanitaire. C'est ainsi que dans le préjugé à demi conscient du citadin, le déchet organique est assimilé à quelque chose de sale. Sa putréfaction est immédiatement perçue comme un risque pour la santé, un vecteur de maladie.
Le plastique immonde des bouteilles, l'aluminium de certains récipients, les piles et autres batteries fourbement déposées sur le bas-côté, et cætera... tous ces déchets, qui ne se décomposent pas de manière aussi spectaculaire que la matière dite vivante, ne sont pas aussi mal connotés. La mort ne s'y manifeste pas avec la même visibilité, par le grouillement de micro-organismes ou d'asticots.
Par contre, un simple os de poulet ou un noyau de Pêche sont instantanément considérés comme des "saletés". Le noyau de Pêche... lui qui constitue pourtant le coeur vibrant du futur arbre...
Etrange mentalité que celle de l'animalcule des villes : il est capable de vous engueuler pour quelques coquilles de noix jetées nonchalamment (événement vécu par l'auteur de ce billet à plusieurs reprises) quand, dans le même temps, il n'hésite pas à transformer un site où il se rassemble avec ses semblables en décharge public...

suicidez-vous utile !

Anhuman lance, en exclusivité mondiale, une grande campagne de sensiblisation des décideurs impliqués dans l'exploitation destructrice du bois ainsi que dans la gestion intentatoire à l'intégrité des écosystèmes forestiers. Nous avons concocté pour vous une lettre humouristique au bas de laquelle vous n'aurez plus qu'à apposer votre signature. Vous pourrez ainsi l'expédier par la poste ou par mail à la personne de votre choix, étant entendu qu'elle doit jouer un rôle (économique, politique, technique, sociale ou idéologique) non négligeable dans la destruction mondiale des forêts.

 

[Votre adresse ]

Le [ 00/00/0000 ]

Madame, Monsieur,

Je suis très inquiet de l'état des forêts dans le monde et je pense qu'en tant que responsable [sa fonction] vous devez apporter votre contribution à la préservation des forêts en vous suicidant.
Participant à la campagne " SUICIDEZ-VOUS UTILE ! ", je vous demande donc de mettre fin à vos jours dans les délais les plus brefs et de former vos collaborateurs à cette perspective, dans la mesure où ils prennent part à vos activités.
L'envoi d'une télécopie annonçant votre suicide aux médias de votre choix n'est pas non plus à négliger, dans la mesure où vous immortaliseriez ainsi votre geste. Cet envoi nous permettrait, par ailleurs, d'apprendre votre décès par voie de presse et de vous ajoutez à notre liste. Cette méthode, vous en conviendrez, faciliterait considérablement notre tâche dans l'établissement de cette liste.
Votre geste réparateur me paraît constituer une première étape vers la mise en place d'une protection durable des espaces forestiers qui subsistent dans le monde.

Dans l'attente de connaître les suites que vous donnerez à cette demande, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de ma considération dans ce monde comme dans l'autre.

[ Votre nom ]