LA RÉSERVE INTÉGRALE OU L'ART DE LUI FOUTRE LA PAIX.
POUR LES ASSOCIATIONS ET CERTAINS SCIENTIFIQUES, ELLE EST UNE PANACÉE. EN TOUS CAS, ELLE MET LES FORÊTS A L'ABRI DE LEUR PRINCIPAL PRÉDATEUR : L'HOMME...

Interdiction de tronçonner Mais pour vraiment parvenir à assurer la conservation des ressources génétiques des écosystèmes forestiers, il faudrait en créer bien plus qu'il n'en existe aujourd'hui. Philippe Pointereau de France Nature Environnement proposait, en 1992, " la constitution d'un réseau de réserves intégrales qui devrait occuper 0,5 % du territoire métropolitain. Les forêts qui entreraient dans ce réseau seraient en priorité les réserves biologiques intégrales (malheureusement peu nombreuses) et certaines forêts ou parcelles de forêt remarquables. Les forêts situées dans les parcs nationaux et régionaux, les réserves naturelles, les acquisitions du Conservatoire du littoral ou d'Espace naturel de France et des départements pourraient être des zones prioritaires. "
En matière de protection, les règles qui régissent de telles réserves sont particulièrement sévères. A l'exemple de celle qui accorde aux forêts ainsi protégées une sorte de droit de non-ingérence : dans la réserve intégrale, l'homme et ses pratiques sylvicoles n'ont aucun droit de citer. Elle offre aux scientifiques un magnifique observatoire du comportement d'une forêt entièrement livrée à elle-même. Ainsi que le fait très justement remarqué Hans Voegeli (cité par Philippe Pointereau) : " ces réserves peuvent apporter des réponses à certaines questions comme celles-ci : Comment se déroule la régénération sans intervention humaine ? Comment se développent les populations animales ? Quelle influence la strate herbacée (premier étage de la végétation : herbes, mousses, fleurs...) exerce-t-elle sur la régénération des diverses essences ? Comment les recrûs (les arbres qui repoussent après une coupe) se développent-ils sans soins ? Dans quelle mesure les cadavres des arbres gênent-ils la régénération ? Comment l'ombre des vieux bois influence-t-elle la vitalité des jeunes arbres ainsi que la forme de leur tige et de leur cime ? Comment les fourrés se développent-ils sans soins ? Comment se comportent les essences dans le mélange pied à pied ? "
Puisqu'il n'existe plus de forêts authentiquement "naturelles" en Europe centrale, un pareil observatoire se révélerait particulièrement précieux, afin de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Et nous pensons, à plus court terme, que ces réserves ruineraient définitivement les assertions de certains ingénieurs forestiers qui n'hésitent pas à affirmer que la forêt ne peut pas vivre sans l'homme... Que la forêt est condamnée à s'asphyxier dans sa propre crasse si l'homme ne vient pas la toiletter régulièrement. Ces faux-jetons ont bien évidemment des intérêts à protéger dans le commerce du bois...
Rendez-vous dans 150 ans dans la vénérable réserve intégrale de Bielowesca en Pologne pour voir à qui l'histoire naturelle rend raison.
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