UN PEU D'HISTOIRE [5]...
lA FORÊT AU MOYEN AGE PAR AIMERIC VACHER. UNE EXCELLENTE DESCRIPTION DE CE QU'A PU ÊTRE LA GRANDE FORÊT AVANT LES PREMIÈRES RAZZIAS QUI NOUS PRIVÈRENT, NOUS LES "DESCENDANTS", D'UN PATRIMOINE SANS NUL AUTRE PAREIL.

Image médiévale On ne peut comprendre le symbolisme de l’arbre dans la littérature et l’iconographie médiévales si l’on ne connaît ni le rôle ni la place que tient la forêt dans la société à cette époque. Avant la période ouverte par les grands défrichements des XIe, XIIe et XIIIe siècles qui privilégièrent l’extension de la superficie cultivable au détriment de la forêt, cette dernière recouvrait une grande partie de la Gaule, puis de la France. De nombreuses forêts, telles celles des Ardennes, du Bassin Parisien, d’Armorique et du Massif Central, ne portaient pas encore, ou si peu, les stigmates induits par l’activité humaine ; leurs consoeurs de Vicogne, du Laonnois et du Soissonais étaient encore des frontières entre la Neustrie et l’Austrasie. Nous sommes bien loin des bois du XXIe siècle qui ne couvrent plus que 27 % du territoire français.
Ces foresta , terme apparu au VIIe siècle pour désigner semble-t-il des districts réservés aux chasses royales, du fait même de leur importance dans le relief jouaient un rôle structurant dans la société. Refuges pour une poignée d’hommes tels les ermites, soucieux de se préserver de l’agitation du monde, et les brigands, qui s’y cachaient pour échapper à la justice, elles étaient sources de produits de première nécessité pour la population en général et le monde rural en particulier.
Les étendues boisées, avant comme après la politique d’essartage de l’époque féodale, offraient leur bois pour la cuisson, le chauffage, la construction, la fabrication de meubles et d’objets en tous genres. Parfois, cette matière première alimentait un circuit économique vaste puisqu’elle pouvait être vendue dans les régions méditerranéennes et le monde musulman pauvres en bois. A partir du XIe siècle, par l’installation de forges, elles supportèrent la métallurgie. Plus encore, elles étaient aussi essentielles pour le pacage des animaux domestiques, comme le porc et la chèvre, et un terrain privilégié pour la recherche de nourriture. En ces lieux, l’homme pouvait pratiquer la cueillette des fruits, des champignons et récolter du miel. Mieux, bien armé et/ou muni de pièges, il y chassait le gibier comme le sanglier ou le cerf.
A partir des grands défrichements, les forêts perdirent souvent leur nom propre (Bière, Laye, Yveline) pour prendre celui des agglomérations qui les bordaient, devenant forêts de Fontainebleau, de Saint-Germain ou de Rambouillet. Avec la perte de cette « identité », leur règne s’acheva peu à peu. Si, au XIVe siècle, s’amorça un recul des cultures, cela ne s’accompagna pas de leur renouveau mais d’une avancée des friches et des landes. Désormais, les forêts qui ont survécu ne sont plus des domaines naturels intouchables mais des lieux dominés par l’homme. Dorénavant, maîtres des eaux et forêts, créés par Philippe le Bel, et verdiers les administreront.

Aimeric VACHER
QUESTES. Bulletin des jeunes chercheurs médiévistes en Sorbonne.
Numéro 4 – mai 2003
Aimeric VACHER © 2003 - cette article n'appartient pas au domaine public sauf avis contraire de son auteur.