UN PEU D'HISTOIRE [2]...
QUE LA FRANCE SOIT AUJOURD'HUI LE TROISIÈME PAYS FORESTIER D'EUROPE NE NOUS FERA PAS OUBLIER QUE SON HISTOIRE EST MOINS GLORIEUSE…

Sous-bois - 2 Reculons de 20 siècles en arrière… César s'apprête alors à envahir la Gaule. Mais il se heurte à une gigantesque muraille de feuillus… Il faut dire qu'à l'époque, un voyageur pouvait traverser la Gaule sans jamais sortir de la grande Sylve, une et indivisée.
Mais cet âge d'or est de courte durée : le carnage commence dès le début du XIème siècle. Ce siècle, qui connaît un essor économique et démographique sans pareil, se distingue aussi par les coupes, les défrichements et les brûlis incessants. On devine assez bien que les besoins en énergie d'une population en augmentation rapide et d'une économie fondée sur la métallurgie, la fabrication du verre et de la brique rime parfaitement avec la déforestation. Celle-ci va durer des siècles...
Lorsqu'en 1669, Colbert rédige la célèbre " ordonnance sur toutes les matières des Eaux et Forêts ", les espaces boisés ont régressé de manière dramatique : surexploitation ou destruction ont eu raison d'une bonne partie de la grande forêt. Malgré les efforts de Colbert, il ne reste que 7 millions d'hectares de forêts un siècle plus tard.
Le XIXème siècle aura par contre un impact positif sur la forêt. Le charbon se substituant au bois et l'exode rural lié à l'industrialisation offrent un répit aux forêts. On se lamente encore aujourd'hui du dépeuplement des campagnes, mais à dire vrai, " tout le monde " ne s'en plaint pas…
Après la seconde guerre mondiale, les besoins en bois pour la reconstruction du pays sont énormes. Mieux avisés que leurs prédécesseurs, les décideurs d'alors préfèrent reboiser massivement. Durant le dernier demi-siècle, près de 3 millions d'hectares sont ainsi replantés… de résineux pour une grande part. Choix parfois désastreux du point de vue écologique mais très lucratif, puisque ces essences ont une croissance bien plus rapide que les feuillus qui peuplent habituellement nos régions. En assimilant la forêt à un vulgaire entrepôt de matières premières, durant ces dernières décennies, les technocrates de l'ONF l'ont artificialisé, contribuant ainsi au désenchantement si général du monde.
Toutefois les mentalités commencent à évoluer depuis peu, jusque dans les rangs de l'ONF qui envisage - avec une lenteur exaspérante - de privilégier une sylviculture plus douce, plus respectueuse de la biodiversité et des peuplements endémiques.
L'histoire dans ce domaine n'est pas encore écrite et dépend en grande partie de notre vigilance.
anhuman & jean-marie chantrel © 2001-2006 - cette oeuvre appartient au domaine public. vous pouvez la redistribuer sous réserve de mentionner le nom de ses auteurs.