RÉCIT D'UNE GUERRILLA...
GRENOBLE : RÉCIT À CHAUD DE TROIS JOURS D’ÉTAT DE SIÈGE AU PARC MISTRAL.

Souches Les arbres du parc Mistral, à Grenoble doivent être tronçonnés pour faire place nette. Et à la place de ce grand Parc, abritant des sujets parfois centenaires, il est prévu d'édifier un stade qui distraira les foules moroses, en quête de dérivatifs pour compenser leurs vies sans qualités.
Mais depuis le le 3 novembre 2003, les jeux du stade que nos très modernes démocraties prisent avec le même engouement que les Romains de l'ancien Empire, ne sont plus du goût de tous...
C'était ainsi sans compter sur les amoureux des beaux arbres (quand il en reste dans les grandes villes)... Les évènements de Grenoble prouvent au moins une chose : l'écoguerrilla n'est pas une affaire de spécialistes ni de cénacles. N'est-ce que le début d'une rébellion multiforme contre les réducteurs de têtes végétales ?
Voici le récit d'un témoin des évènements :

Depuis le 3 novembre 2003, des arbres du parc Mistral de Grenoble étaient occupés et habités afin d'empêcher la destruction d'une partie des arbres centenaires de ce parc. L'expulsion devait venir un jour ou l'autre, et elle se faisait sérieusement sentir depuis quelques jours (voir les liens cités plus bas pour en savoir plus sur l'histoire et les raisons de l'occupation).
Dimanche 8 février 2004, les occupant-e-s du parc s'attendaient à voir débouler les flics encore plus nombreux que le 2 février (où ils avaient tabassé quelques personnes et expulsé une cabane, pendant que des arbres commençaient à être tronçonnés...) à partir de mardi matin.
En effet, à partir de 6 heures du matin le 10 février, des dizaines de flics ont envahi le parc en chassant les gens présent-e-s au sol, détruisant à peu près tout sur leur passage (les installations au sol, tentes et autre mobilier). Plusieurs dizaines de personnes occupaient alors les tentes et cabanes perchées dans les arbres. Ce sont les seules à n'avoir pas été attaquées par la police. Et encore... Un filet installé à quatre mètres de haut entre deux arbres a été littéralement arraché par les flics, les quelques personnes qui s'y trouvaient s'y aggripant au dernier moment, sauf une personne qui a fait une chute de quatre mètres pour être ensuite traînée face contre terre par des flics survoltés !
Le superbe infokiosque installé dans un arbre à trois-quatre mètres de haut a été immédiatement détruit également. L'offensive policière et étatique ne faisait que commencer et dès lors, plus d'une centaine de policiers allaient être en permanence sur le parc, se relayant nuit et jour pour en finir avec l'occupation du parc Mistral.
La violence policière ne suffisant pas pour éloigner définitivement les personnes présentes au sol, la résistance continuait pour empêcher la mise en place de clôtures autour des arbres occupés. Des dizaines, puis des centaines, plusieurs centaines de personnes, dépassant largement le millier au cours de l'après-midi, ont afflué ce mardi pour protester contre l'opération policière et soutenir activement les occupant-e-s des arbres.
De nombreuses altercations ont eu lieu entre policiers et personnes solidaires de l'occupation du parc (que nous appellerons "manifestant-e-s" pour simplifier mais le terme est en l'occurence insatisfaisant) : en début d'après-midi, les palissades installées dans la matinée pour délimiter un périmètre de "sécurité" avec d'un côté les arbres occupés et de l'autre les dizaines de CRS repoussant les quelques assauts des manifestant-e-s. Ceux-celles-ci ont essayé en vain de briser les palissades hautes d'au moins 2 mètres, à coups de pied surtout, et à quelques endroits à coups de barrières en métal, réussissant parfois à les percer, mais pas assez pour les franchir complètement.
Les CRS n'hésitent pas à charger et à être plus que menaçants. Quelques pierres volent en leur direction, mais pas trop. Des fumigènes sont allumés autour du parc par des manifestant-e-s. On assiste à des scènes de mini-émeute, auxquelles participent plus ou moins toutes sortes d'individus présents (des personnes âgées aux collégien-ne-s...). Les flics sont obligés de garder le parc occupé et ne s'en éloignent pas trop (c'est un peu la "zone rouge" du moment...). La mairie, grandement responsable de la destruction du parc Mistral, est à deux pas, mais elle aussi est sous bonne surveillance policière...
La nuit tombant, les manifestant-e-s se font de moins en moins nombreux-euses, contrairement aux flics. L'ambiance commence à refroidir un peu mais le campement extérieur est bien installé, tout près des palissades, la solidarité avec les occupant-e-s des arbres se fait sentir tout au long de la nuit, avec musique et feux de camp. Les occupant-e-s du parc ne seront jamais seul-e-s !
Mercredi 11 février, très tôt le matin, le campement extérieur est attaqué par la police, à coups de matraque et de lacrymogènes. Après un repli immédiat, les manifestant-e-s ne tardent pas à se réinstaller, pour finalement être redéplacé-e-s par un nombre conséquent de flics municipaux, peu avant midi, lorsque cet endroit était relativement délaissé.
Peu après midi, nous apprenons que quelques occupant-e-s des arbres en sont sorti-e-s, pour différentes raisons personnelles, mais que la plupart (une bonne trentaine) sont toujours là haut. Aucune arrestation n'a lieu lors des sorties de ces premières personnes. Des négociations sont lancées par la police, mais n'aboutissent à rien. La trentaine d'occupant-e-s des arbres décident de rester jusqu'au bout malgré le manque de nourriture et le refus catégorique de la police de leur laisser parvenir ce que de nombreuses personnes leur apportent.
Vers 14h30, une dizaine de fumigènes sont allumés sur la route et sur la voie de tram à un carrefour très passant en bordure du parc Mistral (côté Nef Chavant / Bibliothèque municipale). La présence de manifestant-e-s en cet après-midi est moins importante que la veille, l'ambiance est moins chaude mais l'occupation continue. Des rumeurs circulent quant à une éventuelle intervention du GIPN ou du GIGN dans l'après-midi. Cette intervention de forces spéciales n'aura jamais lieu. Les occupant-e-s des arbres et les manifestant-e-s se parlent, ça rappelle fortement les parloirs sauvages dans les prisons. La présence policière est toujours aussi permanente, les changements d'équipes sont très réguliers (toutes les deux ou trois heures). A l'intérieur, les nacelles installent des projecteurs mais ne s'attaquent pas aux arbres. Tout cela ressemble juste de plus en plus à un camp de détention/rétention... Il continue d'y avoir du monde autour du périmètre de sécurité, de façon constante, le long de la nuit.
Au petit matin du jeudi 12 février, l'alerte est déclenchée et de nombreuses personnes affluent aux abords des palissades : trois nacelles passent à l'attaque des arbres occupés. L'intervention n'est pas le fait du GIPN ou du GIGN mais d'un corps de gendarmerie spécialisé en haute-montagne (dont les initiales seraient le PSGHM...). Ils doivent déloger une trentaine de personnes dans des cabanes ou des tentes placées parfois à plus de vingt mètres de haut. Certain-e-s des occupant-e-s ont même quitté ces cabanes et tentes pour grimper encore plus haut dans les arbres.
Assez vite, quelques centaines de personnes entourent le parc, mais la police est encore plus nombreuse que mardi et mercredi. Les manifestant-e-s conversent avec les occupant-e-s, grace à des plots de récup'. La solidarité fait chaud au coeur, même si bien sûr, elle ne suffira pas à empêcher la répression policière. Des slogans sont scandés de part et d'autres, dont, parmi les plus repris : "Ni Etat ni bûcherons, Autogestion !", "Ni DESTOT*** ni Carignon, Autogestion !" (le terme "Autogestion" étant quelquefois remplacé par "Révolution") et "Résistance, Existence", etc.
Au fil de la matinée, quelques personnalités n'ont pas eu honte de se pointer en pleine expulsion des occupant-e-s du parc. Parmi ces individus peu fréquentables, le vice-président de la Métro (communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole, hautement responsable du projet de grand stade / destruction du parc Mistral, voir http://www.la-metro.org) s'est pointé et s'est fait très vite alpagué par une femme qui l'a reconnu et insulté copieusement. Suivie par d'autres manifestant-e-s le huant et lui proposant vivement de se casser, celui-ci est parti vite fait. Ce que n'eut pas la décence de faire tout de suite Alain Pilaud, délégué aux sports à la mairie de Grenoble. Celui-ci s'est fait insulter dans un premier temps, puis une couse-poursuite s'est engagée car des manifestant-e-s voulaient le remercier pour ses projets... Il s'est réfugié avec ses associés, au pas de course (sportif, le bonhomme...), jusque dans la mairie.
Par ailleurs, un certain Danquin, membre du cabinet du maire, se serait fait taper dessus par des personnes ulcérées par les événements récents (devant les caméras qui plus est... info à confirmer cependant). Un peu plus tôt, une personne a été obligée de faire recours à la protection de plus d'une douzaine de CRS pour quitter le parc Mistral, face au mécontentement des manifestant-e-s (impossible de savoir qui était vraiment cette personne, un chef des flics ou un élu ? en tout cas il en a pris pour son grade puisque de nombreux CRS ont alors du délaisser les palissades un court moment pour protéger ce monsieur).
A côté de ces quelques altercations peu douloureuses, signalons que les violences policières ont émaillé ces trois jours d'état de siège de façon relativement constante, avec de nombreux coups de matraque au corps et quelques arcades sourcillières explosées... Et ce jeudi, trois jeunes se sont fait démolir par des travailleurs (des vigiles ?) du chantier du stade et sont actuellement à l'hôpital !
Les illusions perdues envers la démocratie et nos bons politiciens s'est faite plus que ressentir. Pourtant, le manque d'organisation des mainfestant-e-s hors du périmètre de sécurité s'est également fait cruellement ressentir. Beaucoup se sentaient désemparé-e-s face à la machine policière et étatique et nous avons de bonnes raisons de l'être mais aussi de dépasser cet état de fait. Multiplions les expériences autonomes d'auto-organisation, les expérimentations de fonctionnement autogéré, sans chef ni suiveur-e-s !
Peu avant 14h, les occupant-e-s des arbres ont fini par être tou-te-s expulsé-e-s, sans aucune mise en détention/garde-à-vue parmi eux-elles, après avoir toutefois subi un contrôle d'identité et été photographiés par la police.
La colère était encore très présente sur le parc, et un slogan prenait le relais : "Le stade n'est pas construit, la lutte n'est pas finie !". A bon-ne entendeur-euse...


Grenoble, le 12 février à 17h30, un simple anarchiste.


PS : Désolé pour le côté très factuel de ce texte, mais les mass-médias (du Dauphiné Libéré à TF1 en passant par France 3 édition régionale et tous les médias commerciaux) ont déversé des tonnes de mensonges sur l'occupation du parc et en particulier ces derniers jours. De plus, on a pu lire quelques approximations dommageables sur Indymedia-Paris quant à cette fameuse intervention du GIGN (ou GIPN), ce serait pas mal que les médias indépendants réussisent à sortir du "sensationnel", mais il s'agit là d'un autre débat.


*** Michel DESTOT est l'actuel maire PS de la ville de Grenoble, Alain Carignon a été maire RPR de Grenoble il y a quelques années et est probablement le futur candidat de la droite aux prochaines élections régionales.
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