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PRÉSENTATION DE L’EXPOSITION

« SOUVENIRS DE LA FORÊT GAULOISE »
versus
« ANTHROPIE»

:: Concept et Objectif ::

Jean-Marie Chantrel a consacré, durant un an et demi, l’essentiel de son travail photographique à la forêt de Fontainebleau, dans le seul but de restituer un témoignage à caractère esthétique autant qu’écologique. C’est au cours de cette lente chasse à l’image à travers ce massif de 17 000 hectares qu’a germé l’idée d’une base iconographique structurant la somme de son travail. Riche, à ce jour, de 800 photographies (26/10/04), cette base s’articule selon deux axes majeurs. Le premier – Souvenirs de la forêt gauloise - prend en compte le rôle capital que joueraient les forêts dans le possible réenchantement du monde, au sortir improbable de nos époques de mutisme spirituel. Le second axe – Anthropie - suit le fil d’une dénonciation des blessures infligées à ces « méta êtres vivants ». Car cette civilisation du progrès technique est celle-là même qui conduit une guerre sans merci contre le Vivant.
L’affirmation esthétique des Souvenirs part du constat que la forêt est un temple de la création dont la richesse « architecturale » égale nos plus belles réalisations artistiques. Or la vie dans les grandes agglomérations laisse peu de temps pour la contemplation des beautés du monde, autres que culturelles. Cette exposition se propose dès lors de partager quelques instants choisis de cet enchantement permanent éprouvé au contact du beau dans le règne végétal. Elle se veut une invitation à la disponibilité, à la contemplation et à la culture de la présence au monde non humain, pour mieux aiguiser son sens de l’altérité.
Ici, l’Esthétique se met au service de l’Ecologie dans la mesure où la forêt de Fontainebleau est à la croisée d’influences multiples où se lit souvent la signature de l’homme. Ce fut néanmoins - mais pas uniquement - une « volonté » artistique qui lui permit de conserver bon nombre de ses caractéristiques esthétiques et sa diversité biologique jusqu’à nos jours. Les peintres de Barbizon furent ainsi des écologistes avant l’heure. On leur doit notamment les fameuses « séries artistiques » qui mirent à l’époque plus d’un millier d’hectares de futaies à l’abri des déprédations.
Le caractère écologique, lui, part d’un constat simple : la forêt de Fontainebleau – unique en son genre – abrite un trésor biologique parmi les plus importants d’Europe. On y a dénombré 6000 espèces végétales et 7000 espèces animales dont certaines sont rarissimes ou endémiques. La diversité des associations végétales qui contribuent à ses paysages est considérable. Des futaies aux platières, en passant par les landes et les fameux chaos rocheux, c’est un immense patchwork qui s’offre aux promeneurs. Mais le plus grand atout de cette forêt, en matière de biodiversité, reste les descendants des séries artistiques que sont les réserves biologiques intégrales et dirigées. L’accès aux réserves intégrales est du reste interdit au public pour éviter de perturber les milieux rendus à leurs vies propres. Elles sont de véritables observatoires, permettant notamment d’étudier dans la durée la dynamique forestière en l’absence d’intervention humaine, et d’en suivre ainsi l’évolution.
L’autre versant de cette exposition, Anthropie, vient toutefois tempérer ce constat. La forêt de Fontainebleau, comme la plupart des forêts dans le monde, est menacée. Si l’on élude - malgré son impact sur la santé des arbres et des hommes - la pollution atmosphérique provoquée par l’émission de milliers de substances chimiques (transports et industries lourdes), il pèse sur la forêt de Fontainebleau une autre menace plus insidieuse. Cette exposition ne pouvait pas faire l’économie d’une évocation de certaines pratiques sylvicoles qui ont bouleversé l’aspect de cette forêt. Si le problème de la déforestation, en France, ne semble plus d’actualité, « […] Cette manie de tout reboiser avec des conifères transforme - plus peut-être qu'un urbanisme sans âme et sans coeur - le visage de la campagne française. Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement les villes, les habits, les coutumes et les Français qui s'uniformisent, mais les forêts elles-mêmes. » (Jacques LACARRIERE. CHEMIN FAISANT. 1977)
Ce sont ainsi des pans entiers de ce vaste massif qui ont été transformées en plantations standardisées. Ces usines à bois, composées le plus souvent d’essences dites à « croissance rapide », sont le fruit d’une démarche délibérément productiviste qui remonte à l’après-guerre. A ce jour, 36 % de la surface forestière française est composée de résineux. Ces derniers représentaient 25 % des essences en 1900. 50 % de la seule forêt de Fontainebleau est désormais « enrésinée ». Cette exploitation industrielle grève lourdement la pérennité de nos forêts, tant sur le plan esthétique qu’écologique. Quoi de plus déprimant pour un randonneur qu’une plantation de conifères s’étirant à perte de vue ? Depuis quelque années, le grand responsable de cette gestion désastreuse, l’ONF, a semble-t-il révisé sa copie. Il privilégie désormais la coupe sélective en lieu et place des coupes à blanc dignes d’un Waterloo. Il prétend choisir des essences mieux adaptées aux écotypes et donner l’avantage à la futaie jardinée sur la monoculture en futaie régulière, dans laquelle des arbres semblables à des clones se tiennent au garde-à-vous…
Que dire pourtant des meurtrissures infligées par les Caterpilards ? Ces engins d’exploitation surdimensionnés ont des roues monstrueuses qui défoncent les chemins, couchent au sol des dizaines d’arbrisseaux et blessent les autres arbres, juste pour « cueillir » (sic) un tronc couché par les tronçonneuses…
Nos origines sont forestières et l’Histoire de l’humanité se confond, à ses débuts, avec celle des grands primates qui peuplent les dernières forêts primaires de la ligne équatoriale. A l’instar de l’arbre, l’homme aussi a des racines et se plait à les cultiver, surtout dans les moments difficiles de sa vie. Chargé d’un symbolisme fort, la forêt nous introduit dans la dimension impalpable de l’autre, non humain. Elle provoque la résurgence de nos sources. C’est, du reste, en nous « reliant » à elle (religere) que nous nous ressourçons le mieux et – pour le dire avec une note de pragmatisme – sa fréquentation régulière garantit notre équilibre et notre santé. Elle assure aux hommes une provende économique décisive. Elle joue un rôle incontournable dans la régulation des climats. Enfin, elle pourrait bien apporter son concours, même minime, pour l’absorption du trop plein de gaz « à effet de serre »…
Malgré tout, sa sauvegarde est loin d’être assurée au plan mondial. Il reste assurément un long chemin à parcourir avant que ne s’affirme dans les esprits l’impérieuse nécessité du respect, sinon une conscience écologique et spirituelle qui induise un véritable tournant de civilisation.
Cette exposition espère contribuer (si dérisoire soit cette contribution) à la promotion de cette conscience à dimension planétaire.

:: Méthode et Outils ::

L’homme qui se met en marche se fait passager sur son propre navire, voguant sur un océan d’espace(s). Il est paradoxalement le seul maître de l’écoulement du temps qu’il se soumet à l’aide du métronome de ses pas. C’est alors qu’il peut porter un regard de méditant sur le monde qui l’enveloppe de toutes parts. Par l’œil, il contemple. Par la photographie, il agit. On serait ainsi tenté d’introduire ici une sorte de néologisme, par le biais d’une contraction des deux termes : la Contemplaction.
La marche à pieds est probablement la méthode la mieux adaptée à la découverte des milieux naturels. La lenteur propre à ce mode de déplacement favorise deux qualités indispensables pour le chasseur d’images : le sens de l’observation et la patience…
Voici la méthode agrémentée de quelques chiffres :
- Il aura fallu 400 à 600 kilomètres de marches « gratuites » afin d’établir un inventaire, certes incomplet, des sujets à saisir, ainsi que l’établissement de repères cartographiques permettant de revenir ultérieurement sur les lieux à photographier. Ces marches ont été pensées comme des dérives propices aux rencontres de hasards. L’effet de surprise fut le principal étalon de mesure, éminemment subjectif, pour juger de la pertinence d’une prise de vue. Bien sûr, quelques critères objectifs (tel que le caractère remarquable de certains arbres et associations végétales) ont pesé dans la balance.
- Le travail photographique proprement dit a nécessité 27 randonnées supplémentaires de 8 à 12 kilomètres chacune. Soit un total très approximatif de 500 à 700 kilomètres de marche pour la seule forêt de Fontainebleau. En annexe à cet ensemble, il faut ajouter 300 à 400 kilomètres parcourus dans 5 autres forêts périurbaines d’Ile-de-France, ainsi qu’en Auvergne, Corrèze, Cévennes gardoises et lozériennes entre autres… Ce second ensemble moins important fera éventuellement l’objet de micro expositions.
Dans un souci d’indépendance et de maîtrise de l’ensemble de la chaîne graphique, l’auteur de ces clichés a pris le parti du tout numérique, particulièrement bien adapté à la photographie naturaliste. Pour ce qui est du matériel, son choix s’est porté sur :
- le Canon Powershot G2, nanti de 4 millions de pixels.
- Deux cartes Compactflash de 128 et 256 Mo.
- L’imprimante Canon IP 4000.
Le recours à des logiciels spécifiques, répondant à chaque étape de la réalisation était bien entendu indispensable. Ont été employés à cette fin :
- L’excellent logiciel Photoshop dans ses versions 6 et 7 pour la retouche de chaque photographie.
- ACDSee 5 pour l'acquisition, l'organisation en base iconographique et la visualisation sur écran.
L’intention du photographe n’était pas de produire des prises de vue parfaites et professionnelles du premier coup, mais de collecter de façon exhaustive (ou presque) la matière nécessaire à un tout autre ouvrage : plier le cliché « brut de CCD » à ses exigences de qualité, sans pour autant tomber dans l’outrance et la facilité des effets spéciaux permis par l’imagerie numérique. Au final, chaque composition comporte quatre éléments distincts :
- un fichier au format « CRW » contenant notamment la définition des paramètres de prise de vue.
- un fichier au format « TIF ». Universel et multi plateforme, il est idéal pour la restitution de photographie sans perte de qualité du fait de l’absence de compression.
- un fichier au format « PSD ». Conçu par Adobe et repris par de nombreux éditeurs de logiciels, il permet de retoucher les images avec souplesse.
- L’épreuve proprement dite, réalisée sur papier photo 175g/m² au format A4 +.
Chaque photographie exposée pourra faire l’objet d’un tirage limité à sept exemplaires maximum. Cinq de ces épreuves seront proposées à la vente, l’auteur s’en réservant deux exemplaires.

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Anhuman et Jean-Marie Chantrel © 2001-2005 - Le contenu de cette galerie appartient au domaine public. vous pouvez le redistribuer sous réserve de mentionner le nom de son auteur.